The South Carolina Modern Language Review

Volume 2, Number 1

 

 

 

 

Cas de préséance et cas de conscience:

Peut-on accommoder la "nature humaine"

au XVIIe siècle?

 

 

 

 

by Constance Cartmill

University of Manitoba

 

 

 

 

"Il est plus aisé de connaître l'homme en général que de connaître un homme en particulier." (La Rochefoucauld, Max. 436)

 

 

            La recherche d'une nature humaine au XVIIe siècle constitue tout au plus une "science" fragmentée, comme en témoigne le morcellement de l'oeuvre des moralistes français. Afin de situer le développement de cette recherche, il faudrait sans doute signaler la curiosité renouvelée pour la nature, datant au plus tard de la Renaissance. C'est en secouant le joug de la métaphysique que les sciences de la nature ont su prendre leur essor; et elles n'ont pas tardé à servir de modèle à l'étude de l'homme: pourquoi ne pas étudier en effet l'être humain en se servant des mêmes critères d'objectivité que ceux requis pour étudier la nature? La question est pourtant rendue problématique si on se rappelle que la constitution des sciences au sens moderne n'a été possible qu'à partir de la séparation radicale entre l'homme et la nature, séparation qui a fait de l'homme le centre de l'organisation du monde. Or c'est justement cette assimilation des sciences humaines aux sciences de la nature qui constitue un des présupposés de la modernité que la pensée contemporaine ou postmoderne remet en question aujourd'hui.

            Le débat sur le statut des cas particuliers dans la recherche scientifique constitue un repère important de tout discours sur la modernité. Le but de cette étude sera de cerner le statut du particulier dans les définitions de la nature humaine au XVIIe siècle, principalement en examinant ce que la tradition moraliste dit à ce sujet - question intéressante dans la mesure où la littérature moraliste prend pour objet "l'homme" en général, présupposant donc l'existence d'une nature humaine universelle. Ensuite, avant de conclure cette étude, nous jetterons un coup d'oeil sur deux "systèmes" qui ont déclenché maintes controverses à l'époque, et cela afin d'avoir un aperçu de ce que serait, au XVIIe siècle, une nature humaine qui ne soit pas entièrement abstraite: il s'agit de la casuistique et de la distinction. C'est une remarque d'Alain Faudemay qui a inspiré ce rapprochement: "La préséance étant liée à des situations toujours relatives, la multitude des cas particuliers rend impossible une réglementation exhaustive: les questions de préséance font penser, sur ce point, aux cas de consciences" (Faudemay 51). Or reconnaître sur la pensée de cette époque l'emprise du religieux - la casuistique s'intéressant au salut des âmes - et du social - la distinction ayant affaire au maintien des différences sociales, aussi subtiles soient-elles -, c'est, nous le verrons, mettre en question l'unité du genre humain, pièce maîtresse du classicisme.

            Afin de mieux situer cette étude dans l'histoire générale des idées, considérons brièvement et de façon très générale les deux approches principales à l'appréhension et à l'organisation du fait particulier. Premièrement, la méthode "logique" ou "déductive" et qui caractérise, dans la philosophie de la fin de l'Antiquité et du Moyen Age par exemple, l'ancienne façon d'organiser les faits individuels à partir de concepts; cette méthode requiert l'autorité d'une instance divine pour garantir le passage des principes aux cas particuliers: "l'individuel peut être déduit d'une manière continue à partir de l'universel" (Frank 365). Deuxièmement, la méthode "scientifique" ou "inductive" qui cherche à formuler les concepts à partir des faits, mais cette fois-ci avec la pratique et l'organisation de l'expérience comme moyen terme. Puisque celui-ci n'est plus l'autorité d'une instance divine, cette deuxième méthode doit être pensée dans le contexte d'une (re)laïcisation du savoir, la science n'étant possible que lorsque la nature s'avère un objet d'analyse sans référence à Dieu. Pour le simplifier encore plus, on aura facilement reconnu deux visions ou deux manières d'appréhender le monde: celle qui relève de la doxa théologique, et l'autre qui relève de la praxis scientifique.

            Ce sont dans ces termes, ou presque, que le philosophe anglais Francis Bacon résume au début du XVIIe siècle deux méthodes de recherche, l'une "nouvelle", l'autre "ancienne": "The one flies from the senses and particulars to axioms of the most general kind, [...] The other calls forth axioms from the senses and particulars by a gradual and continuous ascent, to arrive at the most general axioms last of all. This latter is the true but untried way" (Novum Oragnum 47-8). Pour Bacon, le modèle contribuant à faire avancer les connaissances de la nature s'avère tout aussi rentable dans le domaine des connaissances de l'homme, puisqu'il s'agit au fond de la même recherche - celle de la vérité. Dans la mesure où la méthode de Bacon souligne la primauté de l'expérience et de la méthode inductive, elle fait partie de l'émergence d'une nouvelle façon d'organiser le particulier qui remplacera le lien établi par la rhétorique et la logique traditionnelle. On le voit, c'est une problématique qui relève précisément de la modernité et de l'élaboration des sciences humaines: celle de la conceptualisation de l'individuel. Il existe une opposition épistémologique entre deux orientations possibles dans la connaissance de l'individuel, "selon qu'elle se donne un ensemble de classes et s'attache à rapporter l'individu à l'une d'elles ou qu'elle s'efforce d'élaborer à propos de chaque cas la classe convenable" (Pariente 185). La première orientation repose donc sur des catégories a-priori, alors que la deuxième s'efforce d'élaborer des catégories à partir du singulier (c'est-à-dire le particulier mesuré à sa différence plutôt qu'à son appartenance - nous y reviendrons).

            À la limite il n'y aurait qu'un pas à faire entre ces deux méthodes ou orientations, d'une part, et deux façons d'appréhender la nature humaine, de l'autre: soit par ce que les hommes devraient être, soit encore par ce qu'ils sont; ou peut-être faudrait-il dire plutôt: ce que l'homme devrait être, et ce que les hommes sont - car il s'agit au fond d'une opposition entre l'idéal et le réel, ou, pour pousser les choses encore un peu plus, entre le bien, caractérisé par son unicité, et le mal, qui est multiple. Autrement dit encore, les catégories chrétiennes s'inscrivent dans la lignée platonicienne qui maintient une opposition entre l'idée, qui est parfaite, et le particulier ou le concret, qui est défectueux. Il y a, chez les écrivains moralistes du XVIIe siècle, une tension entre le prescriptif et le descriptif: si ces écrivains n'ont pas produit une littérature moralisatrice, la description objective que leur oeuvre est censée livrer de l'homme dit que la vérité de l'homme, c'est le mal - conception qui logiquement devrait miner la thèse de l'unité du genre humain. La vérité de l'homme, c'est le multiple, le divers ou, comme nous le verrons plus en détail, le singulier.

            Avant de cerner avec plus précision le statut du particulier dans la conception de la nature humaine qui sous-tend la littérature française de l'époque classique, il nous sied de nous arrêter sur la contribution d'un penseur qui constitue en quelque sorte une étape déterminante de sa "préhistoire", à savoir Montaigne. Plusieurs commentaires ont déjà fait le point sur le relativisme de l'auteur des Essais: il ne peut pas y avoir de relation stable entre le particulier et le général car "nos actions [...] sont en perpétuelle mutation" par rapport aux «lois fixes et immobiles" (428). Montaigne ne semble pas d'ailleurs distinguer entre loi en tant que régularité et loi en tant que commandement: c'est le genre de confusion qui serait critiquée par Bacon, et qui fait penser à la tension entre le prescriptif et le descriptif qu'on retrouve chez les moralistes. La seule "loi" certaine est celle de la diversité, mais elle n'est pas limitée à la relation d'un individu aux autres: même chez l'être humain prisé dans son individualité, la diversité s'avère infinie, d'où la conclusion tirée par Montaigne que l'individu (en tant qu' "individuel") n'existe pas non plus, car il y a "autant de différence de nous à nous-mêmes, que de nous à autrui" (145). Cela n'empêche pas de trouver par contre des arguments appuyant l'hypothèse d'une nature humaine abstraite (ne serait-ce que celle partagée par Montaigne et son lecteur idéal): ce qui ne fait que souligner cette "contexture si informe et diverse" du texte de Montaigne.

            D'une certaine manière, la problématique de la diversité développée par Montaigne, surtout en ce qui concerne l'appréhension d'une intériorité toujours changeante, resurgit dans l'oeuvre des moralistes du XVIIe siècle, mais d'une façon assez curieuse, car elle se signale surtout par l' absence d'un discours de l'introspection. Pour un lecteur du XXe siècle tel que Sartre, la connaissance de l'homme livrée par les moralistes peut avoir des résonances pratiques; du moins, y voit-il "une psychologie objective et sociale" dont les maximes et les descriptions "ne se recouvrent jamais avec l'expérience vécue du sujet" (416). C'est donc une connaissance qui permettrait d'agir sur autrui, ainsi que le montre une lectrice fictive du XVIIIe siècle, la marquise de Merteuil dans les Liaisons dangéreuses: "je cherchai même dans les Moralistes les plus sévères ce qu'ils exigeaient de nous, et je m'assurai ainsi de ce qu'on pouvait faire, de ce qu'on devait penser et de ce qu'il fallait paraître" (Lettre LXXXI, 237). Si cette connaissance sans réflexivité n'aboutit pas à l'analyse du "moi profond", on pourrait peut-être expliquer ce manque par le fait que, le "moi" étant "haïssable" au XVIIe siècle, l'idée de sonder ses profondeurs ne serait ni souhaitable, ni même envisageable avant le XIXe siècle, lorsque se mettra en place un appareil psychologique pour le rendre plus aimable. Dans ses Essais de morale destinés aux lecteurs qui cherchent à approcher de l'idéal chrétien, le janséniste Pierre Nicole insiste sur la nécessité d'une connaissance réflexive; mais il suggère en même temps qu'une telle connaissance s'avère toujours imparfaite, voire inaccessible.  À titre d'exemple: le désir de se purifier et de se rendre plus vertueux est rendu suspect par l'amour-propre: "Il se fait un cercle infini de retours sur retours, de réflexions sur réflexions dans ces actions de l'âme, et il y a toujours en nous un certain fond, et une certaine racine qui nous demeure inconnue durant toute notre vie" (435).  Chez Nicole, on pourrait parler de solipsisme renversé: il n'y a d'autre vérité que celle que je trouve en observant les autres, car je ne trouve en moi que fausseté et mensonge: "l'amour-propre, qui a mille adresses pour cacher nos propres défauts, n'en a pas moins pour découvrir ceux d'autrui" (361). D'où la raison, peut-être, de cette absence d'un discours sur l'intériorité, du moins chez les moralistes plus "mondains" qui s'adonnent à la recherche d'une connaissance extérieure de l'être humain - ce que confirmeraient par exemple les Caractères de La Bruyère, cas limite dans la mesure où les individus y sont réduits, le plus souvent, à un principe machinal.   

            Cette nature humaine que nous livre l'oeuvre des moralistes se présente donc comme la somme des exemples observés de l'extérieur, ainsi que l'aurait préconisé Bacon.  Mais sous un certain angle, l'oeuvre des moralistes est aux antipodes de la méthode baconienne. Les logiciens et philosophes auxquels Bacon fait allusion auraient tort d'interpréter le particulier à partir du général, les cas ne servant qu'à répéter ce qui a déjà été reçu comme vérité. Le projet ambitieux des moralistes consiste à peindre l'homme en général, soit; mais voici un deuxième obstacle à sa réalisation: non seulement la représentation de l'intérieur est-elle impossible (personne n'étant capable de se regarder soi-même); la représentation de l'extérieur est piégée aussi. Car cet "homme en général" est basé en fait sur un groupe d'hommes assez restreint, celui de la cour. Dire que l'homme de la cour révèle la vérité sur l'homme en général, c'est donner le particulier pour le général, c'est déduire l'universel à partir du particulier. Il ne sert à rien de changer l'ordre: dire le particulier pour le général au lieu du général pour le particulier, cela constitue un exemple de déduction et non d'induction, au sens baconien des termes.

            Si les moralistes ne tombent pas dans le piège de recourir aux principes généraux et aux idées reçues, ce qu'ils font, par contre, c'est de présenter le particulier sous forme d'universel. Mais si tel est leur projet, il est miné dès le départ par la forme même de leur écriture, un morcellement qui s'apprête, non pas à une vision totalisante et unifiée de la nature humaine, mais bien plutôt à une vision inachevée qui tient surtout du relatif. Car "cette ambivalence essentielle du fragment, à la fois tout et partie, unité et élément" (Compagnon 10), serait au fond une véhicule efficace pour traduire l'ambivalence essentielle de l'homme. Dans son étude magistrale, Louis van Delft nous assure que "le moraliste classique se tient au relatif, au contingent, au concret, à l'accidentel, et par-dessus tout au vécu. Il se tient à ce qu'il voit, entend, sent. Il observe des attitudes, des gestes, note des mots, épie des mouvement secrets, est à l'affût des ridicules" (Moraliste classique 105). Cette perspective présente une certaine parenté avec la méthode prônée par Bacon: la cueillette des cas particuliers qui s'avèrent dispersés invite à chercher plus loin. Plus précisément, le philosophe britannique vante l'utilité des aphorismes sur des formes plus longues qui relèvent de la rhétorique traditionnelle, puisqu'ils représentent une connaissance morcelée, image plus fidèle de la vérité que l'image illusoire d'une connaissance totale et unifiante que projettent les discours plus élaborés: "aphorisms, representing only portions and as it were fragments of knowledge, invite others to contribute and add something in their turn; whereas methodical delivery, carrying the show of a total, makes men careless, as if they were already at the end" (Works 451). Néanmoins, dire que les moralistes élaborent une "science de l'homme", d'inspiration baconienne ou autre, ce n'est pas tenir compte de la tradition dont ces mêmes moralistes sont bel et bien héritiers, comme l'a montré van Delft dans un ouvrage plus récent: il s'agit de la caractérologie, une sorte de vaste dépôt de "lieux" et de "caractères" qui ressemblent bien aux "lieux" de l'ancienne rhétorique. "La description que le moraliste fournit est l'exploration d'un monde déjà connu, dont les lieux sont déjà inventoriés et identifiés avec exactitude depuis l'Antiquité.[...] Ils représentent en quelque sorte la mémoire de la collectivité des hommes" (Littérature 53). Le présupposé selon lequel les moralistes français rejettent les idées reçues est à repenser, car la question se révèle beaucoup plus complexe. Van Delft essaie de réconcilier ces deux exigences, l'originalité et la tradition, en insistant sur la découverte, chez La Rochefoucauld, "d'un Nouveau Monde moral" malgré la permanence de cette ancienne "mappemonde" de la connaissance de l'homme qui dure jusqu'à ce que Freud la fasse sauter (Littérature 55). Comment Freud aurait-il pu opérer ce bouleversement si La Rochefoucauld l'avait déjà fait? La contradiction inhérente à la thèse de van Delft ne fait que confirmer ce qu'a de troublant ce "dilemme de la topique": car comment assurer la singularité de nos moralistes sans faire abstraction de l'énormité de cet héritage?

            Il se présente ensuite un troisième obstacle à la réalisation du projet des moralistes de "peindre l'homme en général" (on aura compris que ces obstacles se trouvent tous de notre côté, et non pas du côté des moralistes, dans la mesure où ceux-là nous empêchent de bien saisir ce que ceux-ci entendent par "l'homme en générale", ou la nature humaine). Après l'impossibilité de saisir l'intériorité, et après l'impossibilité de déduire l'universel à partir du particulier (échec que signale sur le plan formel l'écriture morcelée), nous nous trouvons devant le statut inquiétant du "particulier". Afin d'examiner ce concept dans l'oeuvre des moralistes, il faut nous arrêter sur l'emploi d'un terme qui lui sert tantôt de synonyme, tantôt d'antonyme, à savoir le "singulier". Les deux termes sont rarement synonymes au XVIIe siècle, tant s'en faut; c'est ce que révèlent ces deux vers du Misanthrope de Molière: "Dans ses façons d'agir, il est fort singulier;/ Mais j'en fais, je l'avoue, un cas particulier" (IV, i, v. 1163-4). C'est Eliante qui parle d'Alceste: malgré le comportement bizarre du gentilhomme, elle le trouve aimable. L'opposition entre le terme à valeur négative ("singulier") et le terme à valeur positive ("cas particulier") est nette. Or il est significatif que dans la même scène le terme "accommodement" paraît deux fois lorsque Philinte décrit le procès d'Alceste entamé par Orante (l'auteur des méchants vers peu prisés par Alceste): "Non, l'on n'a point vu d'âme à manier si dure,/Ni d'accommodement plus pénible à conclure" (v. 1133-1134) et "Enfin toute la grâce et l'accommodement/Où s'est avec effort plié son sentiment [...]" (v. 1155-1156). Chaque fois, c'est pour dire la répugnance d'Alceste à faire ses excuses comme l'exige le code de la politesse. Le singulier est ce qui ne peut pas être l'objet d'un "accommodement"; c'est en cela que le singulier s'oppose au cas particulier qu'au contraire on peut "accommoder" au général. Le discours d'Eliante soulève une question intéressante: à quoi ou à qui pourrait-on accommoder Alceste? De quoi serait-il un cas particulier?

            Or "singulier" semble avoir pris la relève du terme grec qui signifie "particulier": "Idiôtès, idiot, signifie simple, particulier, unique; puis, par une extension sémantique dont la signification philosophique est de grande portée, personne dénuée d'intelligence, être dépourvu de raison" (Rosset 42). Pour sa part, Jean Lafond reprend la notion d'Idiot telle qu'on la trouve chez G. Deleuze et M. de Certeau, entre autres, c'est- à-dire comme la figure du penseur privé, libéré de la tradition scolastique, et de l'auteur, philosophe ou moraliste qui "se fait simple particulier auprès de simples particuliers", c'est-à-dire honnête homme (75). Lafond finit par identifier l'Idiot à l' "esprit de liberté" et à la "quête d'une vérité donnée à tous" (80): encore une fois, le singulier rejoint l'universel. Contrairement à ce que donne à croire une telle interprétation, le terme n'est pas sans connotations péjoratives: un être singulier est un être marginal, quelqu'un qui est méprisé parce qu'il s'écarte de la norme: un trouble-fête, comme Alceste. L' "idiot", pour les Grecs, c'est le contraire du citoyen idéal. Mais est-ce qu'il constitue une menace?

            C'est la signification péjorative qui apparaît ostensiblement chez La Bruyère, dans ce passage par exemple qui clôt le chapitre "De l'homme":

 

            Combien d'âmes faibles, molles et indifférentes, sans de grands défauts, et qui

            puissent fournir à la satire! Combien de sortes de ridicules répandus parmi les

            hommes, mais qui par leur singularité ne tirent point à conséquence, et ne sont

            d'aucune ressource pour l'instruction et pour la morale! Ce sont des vices

            uniques qui ne sont pas contagieux, et qui sont moins de l'humanité que de la

            personne. (XI 158)

 

On voit se dresser une opposition entre "vice commun" et "vice unique": le singulier est ce qui ne se partage pas; l' "idiot" n'a certes rien à apprendre aux autres. Les vices uniques sont dans un sens moins dangereux parce qu'ils ne sont pas "contagieux"; mais si ces vices sont inutiles à l'instruction et à la morale, c'est parce qu'ils n'entrent dans aucune catégorie établie, ils échappent aux cadres généraux (quels qu'ils soient). Or le terme "contagieux" se trouve chez La Rochefoucauld aussi: "Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n'en produisent de semblables" (Max. 230). Le singulier serait donc ce qui ne se prête pas à l'imitation, par opposition à l'exemple. Aux yeux d'un moraliste, chaque cas "singulier" est sans semblable et donc sans conséquence: il serait impossible d'en induire une généralité par la ressemblance à d'autres cas. Or les cas singuliers ont beau être anodins et inutiles: ne sont-ils pas précisément les cas qui attirent l'attention de l'écrivain? C'est du moins l'argument de van Delft: La Rochefoucauld a su dépasser la caractérologie traditionnelle qui forme le cadre des Maximes, en s'attardant justement aux "bizarreries" des mouvements de l'âme et aux "replis du coeur"(Littérature 123).

            Or l'acceptation positive du terme "singulier" d'aujourd'hui doit certainement beaucoup aux théories modernes de la subjectivité.

 

            Toutes les variétés du rationalisme postulent un bons sens, un sensus communis,

            une raison identique chez tous les êtres humains. Mais ce "tout le monde"

            n'embrasse pas, strictement, tous les cas singuliers. [...] car le singulier n'est

            pas "tout le monde" et jamais n'acceptera d'être traité comme "n'importe qui".

            Une différence apparaît ici entre le singulier considéré comme un cas particulier

            ou un exemple de l'universel [...] et le singulier considéré dans sa singularité.

            (Descombes 184)

 

Le singulier qui refuse d'être assimilé à "n'importe qui" appartient en fait à une discussion moderne sur la liberté, à laquelle participe entre autres Nietzsche. Or sa vision du surhomme et d'une "morale des maîtres" entretient tout de même une certaine parenté avec la vision féodale, où la problématique du singulier s'avère d'autant plus aiguë que les tendances anarchiques des milieux nobles étaient exacerbées au XVIIe siècle par les conflits de préséance de plus en plus nombreux devant une hiérarchie sociale devenue chancelante.

            Tout ceci ne fait que souligner d'ailleurs à quel point les notions ont évolué: à nos yeux, l'actualisation d'un concept général qu'est le particulier ajoute des déterminations - celles d'un contexte, notamment. Dans ce sens, le particulier est en quelque sorte achevé par rapport au général auquel il manque justement des éléments concrets pour l'ancrer au réel. Mais, pour saisir comment le particulier s'articule au général à d'autres époques - encore au XVIIe siècle par exemple - il faut renverser les termes: c'est alors le général qui constitue le parfait par rapport au particulier qui est imparfait, et qui doit être subsumé par le général. D'où la difficulté d'arriver à un dosage de conformité et de "singularité": tel serait enfin, selon La Bruyère, "l'esprit de singularité, s'il pouvait avoir ses bornes et ne pas aller trop loin" car à ce moment-là il "approcherait fort de la droite raison et d'une conduite régulière" (XII 10). C'est, dans un autre contexte, le problème des écrivains que l'on considère aujourd'hui comme les "classiques" et qui devaient ajuster l'innovation scripturale - leur "singularité" - à l'autorité des modèles.

            Un exemple précis où apparaît la problématique de la singularité vient du domaine des pratiques scripturales et discursives du XVIIe siècle, à savoir le débat sur l'emploi du pronom "on". Selon Saint Evremond, il ne faut avoir recours au pronom indéfini que pour "représenter ces dispositions générales de l'âme" qui proviennent de Dieu, alors que c'est "une faute de bon sens" - car il faut distinguer entre je et autrui - de "s'expliquer indéfiniment [...] lorsqu'il s'agit d'un sentiment particulier de mon opinion, de mon goût" (Brunot 872). La frontère entre la logique et la théologie s'avère floue; quoi qu'il en soit, la connaissance de l'individu comporte une connaissance de l'homme en général et des hommes en particulier. La question se pose donc de savoir comment ces deux formes de "connaissance" pourraient s'articuler.

            Pour les théologiens la clef de la connaissance générale de l'homme se trouve dans le péché originel; mais l'autre type de connaissance - particulière - s'avère plus complexe, ainsi que le signale Pierre Nicole:

 

            Il y a deux sortes de connaissances de l'homme, l'une générale, l'autre

             particulière. La première découvre ce qui convient à tous les hommes dans

            l'état du péché où ils sont nés; l'autre nous apprend ce que nous avons ajouté à

            cette corruption commune. Car quoiqu'elle soit la même dans tous par sa

            racine, elle prend néanmoins une infinité de diverses formes, selon que l'âme

            s'y abandonne plus ou moins, et que la concupiscence étant déterminée et

            excitée par les occasions et par les objets se répand plus d'un côté que d'un

            autre: de sorte que par ce différent mélange de dérèglements particuliers, il se

            forme autant de diverses maladies et de divers états qu'il y a d'âmes différentes.

            (344)

 

Pour des raisons pratiques - la guérison du pécheur - chacun devrait avoir une connaissance particulière de soi-même.  Mais la connaissance générale "ne laisse pas d'être très utile, et elle comprend même la plus grande partie de cette connaissance particulière que nous cherchons" (345). En fin de compte il y a, selon Nicole, peu de différence entre les vices et les défauts communs ou généraux, et ceux qui sont singuliers ou uniques, car ils "nous rendent chacun aussi misérables que si nul autre ne les avait" (345).  On voit ici une tentative de récupérer le singulier (le défaut particulier) en l'intégrant à la catégorie générale (la nature humaine corrompue par le péché). Nous sommes tous coupables, même s'il n'y a qu'une personne qui a commis le crime. Ces "vices uniques" sont bel et bien "contagieux", pour reprendre les termes de La Bruyère.  Selon les jansénistes - mais là aussi nous butons sur ce problème de la diversité, les jansénistes étant loin de constituer un groupe cohérent et unifié -, il n'y a qu'une loi ou vérité et tous doivent la suivre. Le mal dont il faut guérir les pénitents consiste en l'écart entre la vérité et le comportement des hommes. Mais cet écart est double, ou pour le dire autrement, il y a un supplément de corruption ajoutée à la corruption générale (ou originelle), dont découle la diversité entre les hommes - qui est souvent redevable à une diversité de contextes et de circonstances.

            Le contraste qui ressort entre la position janséniste et celle des théologiens humanistes est révélateur. Selon toutes les deux la Chute est synonyme d'une nature humaine corrompue. Mais pour les jansénistes cette nature humaine semble corrompue par définition, depuis toujours, alors que pour les humanistes la corruption constitue une régression de la nature humaine: on peut dissocier les deux concepts. C'est la place du péché originel qui diffère dans les deux visions: dans l'une c'est le péché qui définit la nature humaine; dans l'autre le péché s'est ajouté à la nature humaine. La position janséniste est difficile à saisir sans doute parce qu'elle est aux antipodes d'une pensée linéaire et chronologique, celle-ci ayant peu de part à ce qui est une question d'éternité. Or cette absence de chronologie enlève du même coup la possibilité de progrès: c'est ainsi que s'ouvre la brèche entre le jansénisme et les formes humanistes du christianisme. Les jésuites prétendent à la conciliation ou l'accommodement des hommes en particulier avec la Vérité en général; d'où l'importance d' "une casuistique qui affirme très haut les principes mais se montre conciliante dans les applications, s'accommodant aux diverses conditions des hommes" (Gouhier 110), autrement dit une "science" ou technique permettant de trouver des solutions aux cas qui se présentent aux confesseurs. Il s'agit de construire en quelque sorte une échelle de valeurs entre la vérité divine qui exige une morale de la perfection, et la nature humaine qui produit un ensemble de comportements. Cet optimisme n'est nullement présent chez les jansénistes qui visent plutôt à éliminer cette échelle, à "couper les ponts de l'homme à Dieu sans renoncer à les faire exister l'un pour l'autre" (Bénichou 119).

            Si l'humanisme chrétien, surtout sous sa forme jésuitique, admet des degrés, c'est parce qu'il est ouvert au relatif et au contingent. Or la casuistique en tant que méthode au service de la morale s'est élaborée de façon à permettre de relier le cas particulier à la loi générale, d' "accommoder" celui-là à celle-ci. Le sens étymologique du terme "casuistique" déduit du latin casus réfère d'ailleurs au concret et au contingent, éléments indispensables pour trouver des solutions aux cas de conscience. Tout ceci n'est pas sans faire penser au débat à notre époque sur les circonstances atténuantes et la responsabilité de l'individu  dont s'occupent de plus en plus nos institutions judiciaires. En fait, durant toute sa longue tradition, qui remonte aux religions antiques, la casuistique pose le problème du singulier qui se résume ainsi: malgré le caractère unique de chaque action humaine, ne peut-on pas présupposer l'existence d'une certaine similitude en général, qui permettrait d'appréhender toutes les actions humaines de façon cohérente? Il en émergerait une ligne de conduite, sans que soit négligée la part de la conscience individuelle. Mais si la singularité de chaque cas reste incontournable, jusqu'à quel point les "cas" sont-ils assimilables les uns aux autres? Est-ce que la diversité ne risque pas d'entraver la fiabilité d'une nature humaine universelle?

            C'est dans ces termes qu'il faut penser la singularité qui se trouve au coeur du débat au XVIIe siècle sur les distinctions sociales auxquelles les théologiens se sont intéressés aussi. On connaît déjà l'argument qui fait partie de l'apologie d'un système jugé comme nécessaire afin de maintenir la paix sociale: comme les vices, les différences de rang social sont le résultat du péché; étant donnée que les hommes ne suivent plus la raison, les différence des conditions, nées de la force, sont devenues nécessaires. Or la noblesse est le groupe le plus hautement visé par la casuistique telle que remaniée par les jésuites lorsqu'ils se sont donné comme tâche de gouverner le plus grand nombre de consciences: c'est en cela d'ailleurs qu'ils sont "politiques". D'où l'importance des "adoucissements de la confession, qui sont assurément le meilleur moyen que ces Pères aient trouvé pour attirer tout le monde, et ne rebuter personne" (Pascal 413). Mais un tel objectif requiert différentes applications de la loi morale selon les conditions et les circonstances des individus. Par conséquent il y a des "accommodements" établis selon les distinctions sociales: en principe il devrait y en avoir pour tout le monde - la noblesse, le clergé et le tiers état, les hommes et les femmes.

            La casuistique telle que la représente Pascal dans les Lettres provinciales entre à part entière donc dans la problématique du singulier. Tout d'abord la casuistique constitue l'illustration d'une vision négative du singulier, dans la mesure où elle fournit des exceptions à la règle ayant l'effet de la déshonorer, ou même de la faire disparaître. Et c'est la prolifération des exceptions qui deviendra source d'inquiétude. Car un des effets de la casuistique est de particulariser les cas: "- [...] je vous avoue que j'ai été surpris de voir que vos Pères ont tellement étendu leurs soins à toutes sortes de conditions, qu'ils ont voulu même régler le gain légitime des sorciers. - On ne saurait, dit le Père, écrire pour trop de monde, ni particulariser trop les cas" (Pascal 407). À la limite on pourrait dire que les casuistes essaient de rejoindre l'universel par l'addition des cas: ce serait l'effet d'un esprit de tolérance qui ressemble fort au relativisme de Montaigne. Qui plus est, une telle tentative n'est pas sans rappeler l'approche moraliste, "une vision [...] qui se compose par touches, à partir de saisies multiples" (Littérature 125). Et ce n'est surtout pas sans rappeler ce que van Delft appelle l' "anthropologie classique", avec ses cases qui ressemblent aux tables de la scolastique. Sauf que ce système est par définition statique, non-évolutif, alors que l'accumulation des cas particuliers par la casuistique - et la "particularisation" qu'elle opère sur les cas - semble en expansion continuelle. Comme dirait Montaigne, il semble y avoir autant de lois ou de "cases" que de "cas". Dans un autre contexte, après la révolution scientifique qui inaugure la modernité, c'est la loi qui devra être constamment modifiée afin de rendre compte des phénomènes individuels mettant en cause sa validité, ce qui fait que le singulier demeurera une source de perturbation[1]. Si les casuistes étaient allés au-delà de l'addition, s'ils avaient construits des cadres théoriques modifiables, ils auraient peut-être été de bons psychologues. Les aboutissements de la psychologie nous ont amenés d'ailleurs aux antipodes du jansénisme, d'où peut-être notre fascination avec une vision apparemment paradoxale qui insiste sur la faute de l'individu malgré son absence de choix (la prédestination).

            Arrêtons-nous, pour conclure, sur un exemple précis qui nous servira de point d'intersection entre la casuistique et la distinction sociale: un de ces fameux cas de conscience concerne le duel, le moyen privilégié par l'ancienne noblesse pour résoudre ses conflits - un "règlement" on ne peut plus efficace. Quand est-ce que le duel n'est pas un péché, autrement dit, quand est-ce qu'un meurtre n'est pas un acte condamnable? Dans la solution des casuistes, il suffit de "diriger l'intention": si le noble est motivé par l'honneur plutôt que par la vengeance, son âme n'est pas perdue. En effet, l'honneur constitue un élément primordial dans le système minutieux des différences sociales; c'est ce que reconnaît la casuistique lorsqu'elle donne aux gentilshommes la permission de tuer. Mais cette permission est susceptible de se généraliser, de même que les distinctions sociales - ainsi que le démontre les nombreuses querelles de préséance de l'époque. C'est du moins ce que suggère Pascal par le biais de son interlocuteur fictif, selon lequel "il est permis aux prêtres et aux religieux de prévenir ceux qui les veulent noircir par des médisances, en les tuant pour les en empêcher. Mais c'est toujours en dirigeant bien l'intention" (Pascal 401). Ne pourrait-on pas lire ce passage comme une parodie de la maxime de La Rochefoucauld - "Quelque éclatante que soit une action, elle ne doit pas passer pour grande, lorsqu'elle n'est pas l'effet d'un grand dessein" (Max. 160) - car c'est l'intention qui fait la grandeur d'une action héroïque, tout comme elle constitue le mal d'une action pernicieuse.

            Pascal n'a pas manqué de relever la possibilité de généralisation déjà inscrite dans ce qui aurait d'abord été conçu en tant qu'exception: on prévoit autant d'exceptions que de cas. Comme le signale Pierre Cariou, "les décisions des casuistes prennent valeur de règles, puisque, après avoir validé des conduites vécues, elles en autorisent le renouvellement et la répétition" (8). Mais la multiplicité des "applications" de la loi générale qu'opère la casuistique afin de répondre à la diversité des cas, constitue pour Pascal une négation de la voie unique prônée par l'Evangile. En fait la casuistique risquait de porter atteinte non seulement à la religion (en excusant le meurtre qui est un péché mortel) mais aussi à l'Etat (en excusant la désobéissance au roi qui avait proscrit le duel). Le souci des casuistes à rendre service au plus grand nombre d'âmes a produit les balbutiements d'une stratégie pour appréhender la diversité humaine, et qui ressemble à un répertoire de conditions et de circonstances déterminant le comportement des individus - autrement dit, une taxinomie de plus en plus complexe, qui relève du contingent et du relatif. Plus on s'éloigne de la simplicité, plus on s'approche de la vérité, dirait Bacon: il faut refaire les axiomes au fur et à mesure qu'on recueillit de nouveaux cas, et cela afin de s'approcher de la vérité scientifique. Mais en assumant une série de plus en plus complexe de cas, la casuistique s'éloigne de la simplicité par laquelle on peut reconnaître l'autre vérité, religieuse ou morale. Pascal aurait désapprouvé en dernière instance le recours chez les casuistes à une vision ou approche progressiste, alors que la théologie ne devrait s'adresser qu'à l'origine: il ne peut pas y avoir de progrès, tant que la raison n'aura pas cédé à la foi.

            Et c'est d'ailleurs le progrès - ce que nous appellerions aujourd'hui la mobilité sociale - qui a détruit le système des différences sociales hérité de la noblesse féodale. Lorsque chacun se croit digne d'aspirer à un rang plus élevé, il n'y a plus rien pour assurer l'ordre du plus grand nombre: la distinction devient une hantise généralisée, ce qui produit son émiettement. Le foisonnement du particulier qui caractérise les avatars de la distinction sociale et de la casuistique se trouve en effet aux antipodes du classicisme conçu comme une esthétique de l'unité et de l'ordre. Car la distinction sociale et la casuistique révèlent - de façon différente, certes - une diversité de la nature humaine échappant à la maîtrise d'une vision unifiante ou abstraite. On voit ce que la diversité telle qu'illustrée par ces deux champs pouvait avoir de répugnant pour le classicisme, tel que nous le représente la philosophie cartésienne. Il n'est pas difficile de voir comment la diversité peut être pensée comme l'opposé du "bons sens commun", et comme un obstacle à la recherche des "choses communes", aux "idées claires et distinctes" définies comme identiques aux yeux de chacun. En revanche, toute notion abstraite de la nature humaine risque d'être la somme des cas particuliers partageant le plus grand degré de généralité. Et s'il n'y a pas de science du particulier, peut-il y avoir une science de l'être humain ?

 

Ouvrages Cités

 

 

Bacon, Francis. Novum Organum. Ed. Peter Urbach and John Gibson. Chicago: Open Court, 1994.

 

-----. The Works of Francis Bacon. V. IV. Ed. James Spedding, Robert Leslie Ellis, and Douglas Denon Heathy. London, 1858-74.

 

Bénichou, Paul. Morales du grand siècle. Paris: Gallimard, 1948.

 

Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française. T. IV, Deuxième partie. Paris:  Librairie Armand Colin, 1966.

 

Cariou, Pierre. Pascal et la casuistique. Paris: P.U.F, 1993.

 

Compagnon, Antoine. "La Brièveté de Montaigne." Les Formes Brèves de la prose et le discours discontinu (XVIe-XVIIe Siècles). Ed. Jean Lafond. Paris: Librairie Philosophique J. Vrin, 1984.

 

Descombes, Vincent. Le Même et l'Autre. Paris: Editions de Minuit, 1979.

 

Faudemay, Alain. La Distinction à l'âge classique: Emules et enjeux. Genève: Editions Slatkine, 1992.

 

Frank, Manfred. "L'Herméneutique de Schleiermacher." Revue internationale de philosophie 151  (1984): 348-372.

 

Gouhier, Henri. L'Anti-humanisme au XVIIe siècle. Paris: Librairie Philosophique J. Vrin, 1987.

 

Govier, Katherine. "Magical Mystery Tour." Time (June 22, 1998): 57.

 

La Bruyère. Les Caractères de Théophraste, traduits du grec, avec les Caractères ou les moeurs de ce siècle. Ed. R. Garapon. Paris: Garnier, 1962.

 

Laclos, Choderlos de. Les Liaisons dangereuses. Paris: Librairie Générale Française, 1987.

 

Lafond, Jean. "La Rochefoucauld: le moraliste et l'Idiot." Dalhousie French Studies 27 (été 1994): 65- 80.

 

La Rochefoucauld. Réflexions ou sentences et maximes morales. Ed. Dominique Secretan. Genève: Librairie Droz, 1967.

 

Molière. Oeuvres complètes. T III. Ed. Georges Mongrédien. Paris: Garnier-Flammarion, 1965.

 

Montaigne, Michel de. Oeuvres complètes. Ed. R. Barrel et P. Michel. Paris: Seuil, 1967.

 

Nicole, Pierre. Essais de morale. Ed. Laurent Thirouin. Paris:  Presses Universitaires de France, 1999.

 

Pariente, Jean-Claude. Le langage et l'individuel. Paris: Armand Colin, 1973.

 

Pascal, Blaise. "Lettres écrites à un provincial." Oeuvres complètes. Ed. Lafuma.  Paris: Seuil,  1963.

 

Rosset, Clément. Le Réel: traité de l'idiotie. Paris: Les Editions de Minuit, 1977.

 

Sartre, Jean-Paul. L'être et le néant. Paris: Gallimard, 1943.

 

Van Delft, Louis. Le Moraliste classique: Essai de définition et de typologie. Genève:  Droz, 1982.

 

-----. Littérature et anthropologie. Nature humaine et caractère à l'âge classique.  Presses Universitaires de France, 1993.

 



[1]           Voici un exemple révélateur de ce foisonnement du singulier et des tentatives de le rattraper qu'on trouve dans les discours des sciences humaines: les manuels de diagnostic psychiatrique en 1998 recensaient 374 formes de maladie mentale, alors qu'en 1968, il n'y en avait que 297 (Govier 57).